La place du Coran dans notre cheminement

Introduction : Le Coran, le livre qui se vit

Le Coran est rappel et source de méditation. Bien souvent Dieu y évoque les récits des peuples passés, les histoires des prophètes et de ceux qui les ont combattus afin de pouvoir donner aux croyants les exemples qui ont traversé l’Histoire et qui nous montrent la voie à suivre.

Néanmoins, ces histoires ne sont pas figées et ne relèvent pas d’un passé révolu. Elles sont source d’enseignements, de leçons et de lumière pour qui sait entretenir une relation profonde avec le Livre de Dieu. Car, à travers le Coran, c’est Dieu qui parle aux âmes, aux hommes, aux sociétés. C’est Dieu qui vient rappeler la norme dans un monde qui appelle à l’oubli de soi, l’oubli des principes, l’oubli de la Toute-Puissance de Dieu.

Le Coran rappelle à l’homme que d’autres bien plus forts, plus intelligents, plus riches sont venus avant lui ; qu’eux aussi se sont crus éternels, et ont fait preuve d’orgueil ; qu’eux aussi ont oublié Dieu, qu’ils ont nié la vérité pour leurs propres plaisirs, leurs propres passions, pour arriver à ne plus être que des êtres dont l’Histoire se souvient à peine du nom.

Le Coran rappelle car l’homme est sujet à l’oubli, en effet, sans cesse il tombe dans les mêmes travers, dans les mêmes vicissitudes. Son orgueil, son égoïsme, ses faiblesses et ses passions le mettent au centre de son monde oubliant que l’univers est régi par plus Grand que lui.

Le Coran nourrit l’homme et le façonne, il polit son cœur et l’élève sans cesse, jusqu’à ce qu’il soit empreint de la parole de Dieu. Ainsi le rapport entre le cœur et le Livre doit-il être constant, l’étude exigeante et la méditation profonde.

Car le Livre que l’on prend en main, même s’il contient la Parole de Dieu, n’est pas le Coran ; il n’est que le mushaf. Le Livre révélé ne devient Coran que lorsqu’il est lu, il ne prend sens et profondeur qu’au travers de sa lecture et de sa méditation.[1]

 

Le Coran, entre notre cœur et Dieu

Le Coran contient les révélations précédentes. Certaines sourates sont plus importantes que d’autres. Il en est de même pour certains versets.

Dans un hadith, le Prophète (PBSL) divise le Coran en plusieurs parties en disant : « Dieu m’a donné les sept grandes sourates (at-tiwâl) à la place de la Thora, et Il m’a donné al-Manin (sourates de plus de cent versets) à la place de l’Évangile, et Il m’a donné al-Mathânî (les dédoublées) à la place des Psaumes (az-Zabûr), et j’ai été préféré par al-Mufassal (les Détaillées, à partir de la sourate Qâf jusqu’à la fin). » [Ahmad]

Dans un autre hadith, le Prophète (PBSL) dit que tout le Coran est réuni dans les sept Mathâni et dans la sourate La Vache. Et il ajoute que le résumé du Coran réside dans les derniers versets de la sourate La Vache ainsi que dans la sourate al-Fâtiha.

Et la Fâtiha elle-même se trouve résumée dans un verset :

« C’est Toi que nous adorons et c’est à Toi que nous implorons secours. »

Ce verset est source d’enseignements innombrables. Avant tout, il a une construction grammaticale originale car, en arabe, généralement, le verbe précède le sujet, ce qui n’est pas le cas en l’occurrence. « iyyaka na‘budû » insiste sur le face-à-face direct qui existe entre le croyant et Dieu, montrant ainsi qu’il n’existe nul intermédiaire et que l’homme peut s’adresser directement à son Créateur.

Ce verset revêt une importance primordiale car il rappelle que toute notre vie tourne autour des deux actions évoquées ici : l’adoration et la demande à Dieu. Et c’est ainsi : toute notre vie est adoration et demande de la guidée à notre Seigneur. Tout ce que nous faisons est ou peut être adoration tant qu’on y met la bonne intention : le fait de travailler, d’éduquer ses enfants, de faire preuve de bienveillance envers son conjoint. De même, le croyant passe sa vie, jusqu’à ses derniers instants à demander et prier Dieu de lui accorder la guidée (al-isti‘âna), de rester sur la Voie et de ne jamais s’égarer.

Si Dieu nous fait répéter la sourate al-Fâtiha au minimum dix-sept fois par jour, c’est qu’elle revêt un bienfait spécifique, au point que toute prière qui ne contient pas la sourate al-Fâtiha est nulle et non valide. De même toute personne ne comprenant pas le sens de cette sourate fondamentale ne peut avoir de réelle profondeur dans sa prière.

 

Le Coran, clairvoyance et élévation

Parce que lorsque l’on dit : « C’est Toi que nous adorons et c’est de Toi dont nous tirons secours », nous sommes en train de cheminer vers Dieu. Dans son ouvrage Les sentiers des itinérants, Ibn al-Qayyim a établi des stations, des degrés (al-manâzil), qui montrent que chaque musulman est dans un cheminement spirituel. Lorsque nous marchons, les pas se ressemblent, mais la distance parcourue n’est pas la même. À chaque prière, on acquiert une nouvelle compréhension de notre relation avec Dieu ; on monte en degrés. Ibn al-Qayyim donne pour exemple une personne qui bâtit une tour. Quand elle monte un premier étage, elle a une vision, au cinquième elle en aura une autre plus large, plus lumineuse, une vision qu’elle n’aurait pu avoir en restant au premier étage. Et plus le croyant cheminera vers Dieu, plus il s’élèvera et plus il verra les choses différemment. En prononçant inlassablement ces mêmes mots, le croyant ne fait que s’élever et s’extirper de l’attraction terrestre. Tel l’avion qui a besoin de la vitesse de libération pour s’extirper de l’attraction terrestre, notre cœur a besoin de réciter avec foi inlassablement ces précieux versets pour, lui aussi, acquérir sa vitesse de libération et s’extirper de l’attraction de ce monde. Notre cœur ne pourra ressentir cela qu’en récitant inlassablement les versets du Coran, la parole de Dieu qui ne vit qu’à travers sa récitation, sa méditation, c’est ce qui nous lie à Dieu.

Le Coran a des significations immuables qui nous empêchent d’être envahis par le travestissement de la réalité. De tout temps il y aura des pharaons, des hommes sans morale et sans foi pour s’attaquer à la norme établie par Dieu. Et constamment il y aura des hommes de justice pour défendre la parole de Dieu et s’attacher aux valeurs qui fondent notre humanité. Et pour cela, nous avons besoin de retourner à la source, et toujours être lié au Coran. Notre rapport au Coran enracine la foi dans le cœur, elle le façonne jusqu’à ce qu’il se conforme entièrement à la parole de Dieu et se libère ainsi de toute autre entrave. Et c’est ce que le Prophète (PBSL) a fait durant les dix premières années de la Révélation : il n’a eu de cesse d’enseigner le Coran à ses Compagnons, jusqu’à le rendre vivant dans leur cœur, au point de leur refuser de se défendre devant l’ennemi tant qu’ils n’avaient pas pleinement acquis ce lien indéfectible avec la Parole de Dieu.

 

Le Coran, résistance et cheminement

Dans la Fâtiha, après avoir demandé la guidée, nous demandons à Dieu de ne pas ressembler à ceux qui ont encouru la colère de Dieu. Beaucoup de savants ont considéré que Dieu parle là des juifs, mais ce n’est pas seulement d’eux qu’il s’agit. Il s’agit aussi de toute personne qui a commis un acte qui suscite la colère de Dieu, même si elle a pour livre le Coran.

Dans l’ordonnancement que Dieu a décidé, la sourate La Vache qui succède à la Fâtiha évoque largement le cas de ceux qui encourent la colère de Dieu : Dieu les décrit dans leurs méfaits, leurs vices ; Il évoque les cas qui ont marqué l’Histoire dans le seul but que les croyants évitent de tomber dans les mêmes travers, et qu’ils continuent à rechercher la guidée.

La troisième sourate, elle, évoque les chrétiens. Elle y expose leurs croyances, les pièges dans lesquels ils sont tombés, et rappelle de s’accrocher inlassablement à la voie de Dieu. À la fin de cette sourate Âl ‘Imrân, Dieu nous dit :

« Ô vous qui croyez ! Armez-vous de patience (sbirû) ! Rivalisez de constance (wa sâbirû) ! Soyez vigilants (wa râbitû) et craignez Dieu, si vous désirez atteindre le bonheur ! » (Coran 3/200)

Le mot sabr signifie à la fois l’endurance, la patience et la persévérance.

Dieu nous demande d’acquérir cette triple qualité qui n’est pas toujours innée, mais que l’on peut façonner en se contrôlant, en s’imposant des limites, en faisant l’effort sur soi-même. C’est un travail de longue haleine qui aboutit à la maîtrise de soi et au rapprochement de Dieu. Ainsi seulement le croyant parviendra-t-il à acquérir un détachement par rapport à ce qui lui arrive, par rapport aux épreuves de ce monde, qu’elles soient causées par un tiers ou par les événements de la vie. Il sera alors en paix et en sérénité, quoi qu’il trouve en face de lui.

Et Dieu continue en disant : « Wa râbitû », terme qui vient de ribât et qui signifie le fait d’attacher son cheval de guerre, d’être présents sur une position donnée en attendant l’ennemi, de se préparer et d’être aux aguets. Et c’est exactement là que Dieu veut en venir : Il nous dit que nous vivons dans une société où le mal nous entoure, où les passions dominent, où les plaisirs nous attirent sans cesse. Dieu nous demande alors de tenir notre position, de ne pas céder. Quand les gens se laissent aller, nous devons être en lien avec Dieu, être fermes sur nos principes, lutter et nous raccrocher au Livre de Dieu. Rien alors de ce qu’ils feront ne pourra nous atteindre.

« […] Luttez contre eux jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de sédition et que tout culte soit rendu uniquement à Dieu. […] » (Coran 8/36-40)

Cette lutte ne peut se faire sans un rapport direct, constant et profond avec le Coran, sa lecture, sa méditation. Ce n’est que par le Coran que l’homme s’élève, qu’il gravit les degrés qui le rapprochent de son Seigneur. Chaque sourate, chaque verset, chaque mot, éclairent le cœur du croyant qui devient le réceptacle de la lumière de Dieu.

 

Le Coran, conscience et plénitude

Le Prophète (PBSL), dans un hadith, nous donne les différents degrés qui nous rapprochent de Dieu :

– manzilat as-sidq, la véridicité : c’est le niveau qui nous attache profondément à la vérité, au point que notre cœur n’est illuminé et guidé que par elle.

– manzilat at-tawakkul : ce niveau amène à une confiance infaillible à Dieu au point que ce qui nous arrive ne nous affecte plus.

– manzilât ar-ribât : c’est le fait de défendre sa position, jusqu’à devenir un soldat de Dieu.

« Quiconque lutte pour la Cause de Dieu ne lutte en réalité que pour lui-même, car Dieu Se passe volontiers de tout l’Univers.» (Coran 29/6)

– manzilat al-mujâhada est une lutte à trois niveaux :

  • Avant tout, il y a le fait de changer le mal, al-munkar (c’est-à-dire le mal que l’homme réprouve par instinct). Le Prophète (PBSL) nous a dit : « Celui qui voit un mal, qu’il le change par la langue, s’il ne le peut, qu’il le change par la main ; s’il ne le peut, qu’il le condamne dans son cœur et c’est là le degré minimum de la foi. » Cela consiste à utiliser les moyens en notre possession pour réformer, transformer le mal, par la lutte, mais aussi par l’écriture, la participation, la dénonciation, la contribution sous toutes ses formes. Si le croyant ne le dénonce pas, ne serait-ce qu’en son for intérieur, il fera lui aussi partie de cette équation et c’est le mal qui finira par le changer.

Oser dire et défendre nos principes et nos valeurs revient à montrer notre attachement à Dieu et faire ce qu’Il attend de nous.

  • Ensuite, dans le Coran, Dieu nous dit de rester fermes sur nos intentions quand on entame une œuvre. Il faut faire attention à ce que le diable ou nos mauvais penchants n’entrent pas dans notre intention en cours de route et nous faire ainsi dévier de notre intention initiale. Une action pour Dieu peut finir par servir des intérêts terrestres. C’est une lutte constante qui ne finit qu’auprès de Dieu, in shâ Allah. Le Prophète (PBSL), jusqu’à son dernier souffle, a prié, a combattu les hypocrites et a transmis le message, sans jamais baisser sa garde.
  • Enfin, c’est le fait de lutter dans notre œuvre. Le Prophète (PBSL) a dit : « Voulez-vous que je vous indique l’œuvre par laquelle Dieu efface les péchés et élève les degrés : c’est le fait de parfaire les ablutions malgré les désagréments, multiplier les pas vers la mosquée et attendre après chaque prière accomplie la suivante. Voilà ce que veut dire se consacrer entièrement à Dieu. »

Concernant les ablutions, beaucoup ont traduit par le fait de les faire en temps de froid. Mais ce n’est pas que ça. Dans notre contexte actuel, il s’agit aussi du fait de faire nos ablutions quel que soit l’endroit où l’on se trouve, particulièrement au travail, le fait de porter des vêtements qui ne soient pas adaptés pour les ablutions, de devoir ôter ses chaussures pour se laver les pieds, se démaquiller, etc. Tels sont les désagréments actuels.

Concernant le fait de multiplier les pas vers la mosquée, c’est le fait de savoir où se trouvent les lieux de prière pour être parés à faire la prière quand l’heure arrive.

Enfin, le fait d’attendre après chaque prière accomplie la suivante ne signifie pas forcément le fait de rester à la mosquée pour attendre la prière suivante. Car quand ‘Umar Ibn al-Khattâb voyait des gens attendre à la mosquée dans la matinée, ou après le ‘asr, il les chassait à coups de bâtons. C’est plutôt le fait d’être préoccupés par la prière constamment, de sorte de ne jamais être surpris et de ne pouvoir faire la prière parce qu’on n’est pas dans un endroit adapté ; le fait de mettre tout en œuvre pour pouvoir accomplir sa prière ; le fait de se coucher tôt pour pouvoir faire la prière du matin…

 

Conclusion : Le Coran pour comprendre notre résistance et vivre le succès

La vie n’est qu’épreuve et lutte constantes, une bataille acharnée contre le mal qui nous entoure et qui, parfois, nous habite. Dieu nous a tracé la Voie et nous a montré les œuvres qui siéent à Sa majesté. Ainsi, faire preuve de patience, s’attacher à Dieu, rester fermes sur nos principes et ne jamais dévier de notre intention permettra de récolter pleinement et sans limite les fruits de nos œuvres. C’est comme la graine que l’on a planté et qui donne des centaines de grains par la suite. Mais telle la terre qui a été labourée et malmenée, nous serons nous aussi malmenés et éprouvés. Nous serons dénigrés mais si nous savons ce que Dieu veut de nous et ce qu’Il nous donnera, alors tout sera facile, avec l’aide de Dieu.

 


[1] D’ailleurs, dans le Coran, lorsque le terme « kitâb » est utilisé, le pronom démonstratif (dhâlika) utilisé désigne quelque chose de lointain, alors que lorsque Dieu utilise le terme « Qur’ân », Il use du pronom démonstratif « hâdha » signifie quelque chose de proche, donc approximativement « ce Coran que tu es en train de lire ».

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