Palestine : Une lutte pour la terre

Flora, sociologue de formation, vit entre Lyon et Ramallah en Palestine occupée. Très investie au sein de Génération Palestine et de l’UFCM, elle nous livre ici un témoignage de première main après avoir passé l’hiver en Cisjordanie

 

L’un des enjeux de la lutte palestinienne est la terre. Résister à son appropriation par les colons, libérer la terre historique de toute la Palestine, persister à rester sur sa propre terre, continuer à cultiver l’olivier… Autant de figures, d’images qui sont imprimées dans toutes les consciences qui sont solidaires de cette lutte. Pourtant c’est bien cette relation entre les Palestiniens et leur terre qui est chaque jour un peu plus en danger. Et encore plus quand il s’agit de la terre comme source de nourriture.

D’abord, la situation des agriculteurs palestiniens est chaque jour plus difficile. Ils doivent en effet faire face au vol régulier de leurs terres par le régime sioniste : une zone est déclarée « zone militaire » donc interdite aux Palestiniens, puis comme les sionistes en sont coutumiers, ils retournent la loi à leur avantage et utilisent une vieille règle de l’empire Ottoman qui stipule que toute terre non utilisée pendant trois ans devient bien public (entendez bien israélien).

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Sur la photo, il s’agit des arbres d’un agriculteur de Salfit, village situé dans le nord-est de la Palestine producteur d’agrumes, qui régulièrement se fait attaquer par les colons qui brûlent ses arbres. L’agriculteur en question explique d’ailleurs comment aujourd’hui, il n’y a pas assez de terres agricoles travaillées par les Palestiniens pour ne nourrir ne serait-ce que la Cisjordanie occupée. Ses agrumes ne nourrissent que les villages alentour.

 Ainsi pas besoin de se rendre dans les nouveaux supermarchés qui ont fait surface, si vous vous rendez dans le vieux marché hezba de Ramallah, vous ne trouverez que très rarement des produits palestiniens. Tous les étals sont remplis de fruits et légumes israéliens achetés puis revendus à des prix dérisoires. En comparaison, un kilo de tomates israéliennes vaut deux fois moins cher qu’un kilo de tomates palestiniennes. Il est de toute façon très difficile de connaître l’origine des produits sur ces étals. Et le résultat est un cercle vicieux : il est plus difficile d’être agriculteur palestinien, on vend difficilement, on renonce alors à ce métier qui est pourtant au cœur de la lutte palestinienne. Aujourd’hui, en Palestine, faire pousser un avocatier sur un balcon est un crime aux yeux de la loi militaire israélienne, la souveraineté alimentaire est une arme de guerre et les sionistes l’ont compris depuis longtemps.

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Le second problème grave auquel font face les agriculteurs palestiniens est la question de l’eau. Aujourd’hui, il existe deux aquifères pour la Palestine historique, celui situé sous les montagnes de Cisjordanie et un autre  situé sous la zone côtière de Gaza. Les deux sont aujourd’hui volés par Israël à hauteur de 85 % pour le premier et 82 % pour le second, ne laissant que des miettes aux agriculteurs palestiniens[1]. Résultat : cela relève du parcours du combattant pour tout nouvel agriculteur qui voudrait s’installer et qui, du coup, ne bénéficie pas d’une ressource d’eau déjà installée.

Et encore une fois ce métier tend à disparaître chez les Palestiniens, ce qui les sépare un peu plus de leur terre. C’est alors une forme de vie très abstraite qui est en train de s’implanter partout. « Quand vous mangez les grains de mil, de maïs et de riz importés, c’est ça l’impérialisme, n’allez pas plus loin » disait Thomas Sankara[2]. La souveraineté alimentaire est au cœur de tout projet de résistance, et le vrai défi réside dans le fait de se réapproprier les moyens de notre existence. En cela, il va sans dire que l’existence même des Palestiniens est une menace pour le projet sioniste en terre de Palestine. Ainsi l’éradication de l’agriculture palestinienne devient-elle une véritable arme de guerre. Lutter pour le droit à la terre, pour la culture des champs palestiniens devient une lutte quotidienne, une résistance qui donne corps et sens pour tous ceux qui débattent d’un hypothétique État palestinien. Et tel est le seul horizon possible pour les Palestiniens : se réapproprier le rapport à leur terre pour espérer un jour pouvoir la libérer.

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[1]   http://www.greenpalestine.org/

[2]   Leader de la révolution au Burkina Faso jusqu’à son assassinat en 1987. La souveraineté alimentaire était au cœur de son combat.

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