lundi, juin 27, 2022
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Même si le halal ne peut être défini que par L’Unique Créateur, nombre d’avis sont évoqués dès lors que l’on se pose cette question, notamment dans le domaine de l’alimentation. Sans prétention aucune, en tant que membres de l’UFCM, nous souhaitons vous faire partager notre opinion de ce sujet ô combien important pour les musulmans.

Définition générale

Le halal est souvent défini comme étant ce que Dieu a rendu licite. Certes, mais le Prophète (PBSL), nous enseigne par un célèbre hadith et de façon bien plus profonde  que :

« Le domaine du licite est certes clair et le domaine de l’illicite est certes clair. Entre eux deux se trouvent des choses équivoques que la plupart des gens ne distinguent pas. Celui qui s’abstient des choses équivoques préservera alors sa foi et son honneur. Et celui qui y succombe tombera dans le domaine de l’illicite. Tel le berger qui, à force de faire paître (son troupeau) autour d’un enclos privé, risque de le faire paître à l’intérieur même de l’enclos. Sachez que tout propriétaire a un enclos privé, et que l’enclos de Dieu est constitué de Ses interdits. En vérité, il existe dans le corps un morceau de chair qui, s’il est sain, rendra sain le corps entier, mais s’il est corrompu, le corps entier le sera. Ce morceau de chair est le cœur. »[Bukhârî, Muslim]

Ce hadith prouve non seulement que la quête du halal est beaucoup plus simple qu’il n’y parait, puisqu’il suffit de faire preuve de scrupule en s’éloignant des choses douteuses pour se préserver. Mais ces propos prouvent surtout que cette quête est essentielle au cheminement spirituel.

En effet, la corrélation entre la définition du halal en amont et l’impact sur le cœur en aval devrait nous permettre de mieux appréhender la question du halal. Ce concept est aujourd’hui davantage abordé sous l’angle du business, du marketing, voir même dans le meilleur des cas du rite. Alors que le Prophète nous parle de cœur, de foi, de spiritualité et de notre relation à Dieu. N’oublions jamais que Celui qui exauce par excellence pourrait rejeter nos invocations à cause de notre manque de considération du halal et donc des limites sacrées de Dieu. Finalement, le halal n’est-il pas tout  simplement, « ce qui nous permet de cheminer vers Dieu » ?

Pourquoi le halal

Cependant toute personne qui considère le cheminement vers Dieu, sait que cette voie est supportée par deux leviers. Le premier, fort important, est le souvenir régulier du Dieu Tout Puissant et le second est la capacité de l’Homme à assumer l’Amana, le dépôt, la responsabilité confiée par Dieu et qui l’engage aussi devant la Création.

Du souvenir de Dieu

Tout dans les enseignements prophétiques concours à aider le musulman à se souvenir fréquemment de Dieu. Des prières quotidiennes, au Hajj et en passant par le jeûne du annuel du mois de Ramadhan, sans oublier toutes les invocations et œuvres d’adorations surérogatoires, tout nous aide à nous souvenir et à préserver notre foi. Dans le domaine du halal et du haram, il en va de même. Le sens des limites est précisément d’aider le croyant à se remettre en cause et à s’interroger sur l’impact de ses œuvres sur la relation qu’il entretient avec Dieu. Le souvenir de Dieu est la clef de la foi et l’oubli est l’un des pires maux qui nous guette.

 Etre responsable

Beaucoup de personnes s’interrogent sur la raison de notre présence sur terre. Ils étudient, analysent, débattent et pendant ce temps par la plus grande des miséricordes Dieu nous a révélé ces raisons ou plus simplement la raison. Nous avons conclu un engagement avec le Créateur, un engagement que même les montagnes ont craint d’assumer, un engagement qui nous confie de gérer le dépôt. Quel dépôt, diront certains ? Le dépôt de la foi qui illumine les cœurs et la raison des Hommes afin qu’ils préservent et gèrent la Création de Dieu avec dévotion, vigilance et précaution.

Une alimentation halal

Ceci étant, nous savons que concernant le halal, la préoccupation centrale de l’époque est centrée sur les viandes. Dieu nous enseigne les limites sacrées dans le domaine de la consommation des viandes :

« Vous sont interdits la bête trouvée morte, le sang, la chair de porc, ce sur quoi on a invoqué un autre nom que celui de Dieu, la bête étouffée, la bête assommée ou morte d’une chute ou morte d’un coup de corne, et celle qu’une bête féroce a dévorée – sauf celle que vous égorgez avant qu’elle ne soit morte. (Vous sont interdits aussi la bête) qu’on a immolée sur les pierres dressées… » [Coran 5/3].

En reprenant ce verset, nous nous apercevons que tous les enseignements du halal précédemment cités sont évoqués. En effet, ce texte nous informe au sujet des quatre grandes catégories d’interdits :

La bête morte par une autre cause que la saignée rituelle

Ainsi, il est explicitement interdit, en dehors de l’exception de la chasse, de tuer un animal en lui infligeant des coups ou tout autre procédé qui ne correspond pas à la saignée des organes vitaux au niveau de la gorge. Cette obligation est étroitement liée à l’ordre prophétique sommant les croyants de ne pas faire souffrir les animaux particulièrement au moment de leur saignée.

Le sang

Le sang est considéré comme néfaste à la santé. Nous constatons donc que le message de l’islam et donc du halal ont comme vocation première le cheminement spirituel, donnent une place centrale aux considérations d’hygiène, de bons traitements des animaux, etc.

Le porc

Beaucoup ont tenté de fournir une explication sanitaire à l’interdiction du porc, qui est probablement vérifiée, mais ce dont nous avons la certitude, c’est que cette interdiction, tout comme d’autres interdits, nous empêche de consommer avec insouciance. L’interdit exige de nous vigilance et attention.

La bête morte sans le rappel de Dieu

Dieu a exigé que Son nom soit rappelé au moment de la saignée afin de se souvenir pour plus d’humilité, pour plus de compassion, se souvenir pour plus de retenue et de miséricorde, se souvenir pour entretenir la lumière de la foi et de notre responsabilité, se souvenir du Créateur pour préserver la Création.

Le Halal face aux modèles de production modernes

Tous ces enseignements théoriques sont fondamentaux mais insuffisants s’ils ne sont pas confrontés aux réalités du quotidien.

Produire halal ?

La majorité des abattoirs et entreprises qui produisent du halal sont aujourd’hui gérés par des personnes dont les préoccupations sont d’abord mercantile. Ne vous y trompez pas, le mot qui nous pose le plus problème dans cette affirmation est « d’abord ». En effet, le souci du sens du halal ou du respect du rite passe au second plan. C’est pourquoi nous assistons par exemple à une généralisation de l’assommage des animaux destinés au marché du halal alors que cette pratique est interdite par les grands conseils de savants musulmans et surtout que cette pratique s’oppose en tout point de vue au sens du halal.

Tout d’abord, il faut savoir que le débat sur l’assommage est tronqué. En effet, entre ceux qui considèrent que l’assommage serait meilleur pour le traitement des animaux et ceux qui considèrent qu’il est en réalité une souffrance, il y a un postulat qui pose problème : l’abattage doit se faire en contexte industriel. L’objectif n’est pas de détruire l’idée d’industrie, mais rappelons que l’industrie moderne a été conçu avec une finalité : le profit. Pour cela, les concepteurs ont négligé tous les autres aspects auxquels ils tentent aujourd’hui de fournir des palliatifs.

Pour preuve de cette incohérence, plutôt que de repenser le mode d’élevage des volailles enfermées en batteries, ils préfèrent les gaver de médicaments pour diminuer les causes de mortalité et de maladie. Plutôt que de repenser les procédés d’abattage des animaux, ils préfèrent les assommer dans des lieux cachés du public en donnant l’illusion qu’ils anesthésient les animaux. Plutôt que d’éduquer les gens à consommer moins, mais mieux, ils préfèrent rentabiliser leurs outils par des productions de masse. Mais le plus grave est certainement le partage de cette incohérence avec des institutions musulmanes qui n’hésitent pas par exemple à autoriser la mention de Dieu lors de l’abattage par une cassette afin d’abattre un maximum d’animaux au détriment de l’objectif de rappel, d’humilité et de respect de l’animal. Produire halal est donc devenu une activité bien rare pour quiconque s’intéresse quelque peu au domaine.

Consommer halal

Mais en réalité tout ceci n’est possible que parce qu’il existe des clients, des consommateurs qui pensent être consciencieux en exigeant de consommer halal, mais qui finalement cautionnent des pratiques qu’ils ne tolèreraient certainement, s’ils prenaient soins de s’informer sur les pratiques.

La responsabilité du croyant repose sur sa vigilance et son souci. Elle ne peut se résumer à faire confiance à une étiquette halal apposée par je ne sais qui sans même chercher à en savoir plus sur les conditions d’élevage des animaux ou leurs conditions d’abattage. Certains affirmeront que nous faisons l’apologie de la suspicion. C’est sans compter sur une réalité que personne ne peut objectivement nier. L’irrespect du halal est devenu la règle.

A titre d’exemple, la viande la plus consommée par les musulmans est la volaille. Or, la quasi-totalité d’entre elles sont élevées dans des conditions atroces et sont presque toutes abattues suite à des procédés d’assommage, généralement une décharge électrique appelée électronarcose. Quand le mal se répand, interroger n’est plus une suspicion mais un moyen de préservation. Et parfois l’abstinence est de mise.

Mais en réalité le plus grave est ailleurs. En effet, en consommant ainsi, en copiant se modèle de surconsommation nous sommes les moteurs d’un système injuste qui estime que seuls une minorité (dans les pays riches) peuvent consommer à outrance et satisfaire leurs envies et passions, au détriment des conséquences environnementales et sociales.

Comment est-ce qu’un cœur empli de foi pourrait consciemment accepter cela ? Comment ne chercherait-il pas à en savoir plus ? Comment ne partirait-il pas en lutte contre ce système ?

De l’utilisation du terme halal

La pratique qui nous interpelle le plus est l’utilisation qui est faite du mot halal. Ce terme devrait être une lumière qui éclaire la voie de ceux qui cheminent vers Dieu, soucieux, vigilants et en quête de foi. Il est paradoxalement devenu une simple marque qui n’a même pas le privilège d’être protégée juridiquement et qui est donc utilisée par tout businessman qui aspire à en faire profit que ce soit dans le respect du rite ou non.

Le terme halal est trop souvent fourvoyé au profit de la valeur marchande. Le pire des maux n’est pas tant l’accumulation de fraudes dans l’utilisation de ce terme, mais surtout l’acceptation par les musulmans de s’en être laissé déposséder. Pour les plus vigilants, ce terme n’est même plus un repère, ils préfèrent même prêter davantage attention à certains cigles de certification qu’au mot halal et cela n’est pas acceptable.

Nous devons reprendre possession de ce terme et le faire respecter. L’arme juridique s’est avérée inefficace, alors l’arme spirituelle par les invocations et l’arme économique par le boycott seront d’autres solutions plus efficaces.

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[testimonial title= »Conclusion »] Nous sommes partisans d’un halal qui soit une lumière pour les cœurs qui aspirent à cheminer vers Dieu et qui aspirent à assumer leurs responsabilités devant Dieu et la création. C’est pourquoi nous devons revenir à des solutions locales et maitrisées en changeant nos modes de consommations, en consommant moins mais mieux et surtout en redonnant la primauté aux valeurs spirituelles et sociales.   [/testimonial][callout3] Pour une réappropriation du terme halal, agissons ! [/callout3]