X. Le halal et la question du sens

La production halal engendre, certes, de nombreuses difficultés, mais il ne faut oublier que la production n’est que le reflet d’une consommation. C’est pourquoi, il est important de terminer ce dossier par quelques rappels concernant la consommation en islam.

Le sens de l’abattage rituel

ll ne faut pas oublier que toute règle à été édictée par Dieu dans un but précis. Ainsi, en est-il de l’abattage rituel. L’animal n’est pas un « bien », c’est un être vivant dont Dieu nous permet de prendre la vie pour nous nourrir. Cet acte dérogatoire est accompagné de la « basmalah » prononcée par le croyant lorsqu’il met l’animal à mort. Comme chaque invocation, rite et autre acte d’adoration la « basmalah » nous permet de rompre avec l’insouciance que tente de nous imposer le rythme de cette société. Se souvenir que « nous appartenons à Dieu et que vers Lui sera notre retour » devrait être l’anse à laquelle s’accroche tout croyant, même lorsqu’il consomme. Nous sommes donc responsables et nous serons jugés pour la manière dont nous traitons les animaux.

Le Prophète (PBSL) nous rapporte que :

« Alors qu’un homme cheminait, il fut pris d’une grande soif. Il trouva un puits dans lequel il descendit et but. Quand il en sortit, il vit un chien haletant qui mangeait de la boue sous l’effet de la soif. L’homme se dit : « Ce chien est en proie à une soif semblable à celle que je viens d’éprouver il y a peu. » Il descendit alors dans le puits et remplit d’eau sa chaussure qu’il tint entre ses dents jusqu’à ce qu’il se hissât en dehors du puits. Ainsi, il donna à boire au chien. Dieu lui en fut reconnaissant de sorte qu’il lui pardonna, et le fit entrer au paradis. » Les compagnons du Prophète lui demandèrent (surpris) : « Ô Messager de Dieu, nous serions récompensés pour avoir été compatissants envers des animaux ? » Le Prophète dit : « Pour tout foie humide (c’est-à-dire tout être vivant), il y a une récompense.» [Bukhari, Muslim]

Ce pouvoir de vie et de mort, ce sentiment de puissance que pourrait-nous procurer l’abattage rituel est aussi un risque. Nous devons donc rester humbles devant le Créateur car Il est au-dessus de tout, c’est le sens de la formule « Allah est plus Grand » (Allah akbar) que nous prononçons lors de l’abattage.

Donner du sens à la consommation

Chaque acte se détermine et se comprend aussi par sa fin. En islam, les œuvres devraient toujours avoir pour vocation de préserver l’une des grandes finalités de la shari’a (la voie islamique), que nous avons abordé au début de cet ouvrage. Ainsi, au-delà de la règle stricto-sensu, il est important de s’interroger sur nos pratiques et nos modes de consommation : sont-ils fidèles aux enseignements du Prophète (PBSL) ? Lui qui affirma, lorsqu’on l’interrogea sur les œuvres qui permettent de gagner l’amour de Dieu :

« Détache-toi de ce monde et Dieu t’aimera, et détache-toi de ce qu’il y a entre les mains des gens, ils t’aimeront. » [Ibn Maja]

Ce monde est si attrayant que malgré les avertissements du Prophète (PBSL) nous en voulons toujours plus. En effet, il (PBSL) disait :

« Si l’être humain avait une vallée pleine d’or, il en voudrait absolument une deuxième… » [Bukhari]

La tentation des biens de ce monde nous ronge et nous domine parfois, mais le propre du croyant est justement de ne pas tomber dans l’insouciance et de se souvenir, pour mieux revenir vers Dieu. Mais se souvenir, c’est surtout se souvenir que

« la richesse ne dépend pas de la quantité de biens, la richesse est que l’âme se suffise (de ce qu’elle a) » [Muslim]

et ce combat est difficile dans une société qui nous pousse à consommer toujours plus vite, avec plus d’innovation et le moins chère possible. Ce sont en fait deux conceptions de la vie qui s’opposent, l’une prônant la satisfaction des passions et l’autre l’appel aux consciences. Cet appel nous interpelle forcément quant aux répercussions des logiques industrielles sur l’environnement, sur la santé, sur les animaux que l’ont abat, sur notre foi in fine.

Changer

Nous avons donc la responsabilité de faire changer les choses, en commençant par changer progressivement nos mauvaises habitudes, puis en s’organisant, en rejoignant les associations de consommateurs, les associations de protection animales et surtout en éduquant nos enfants à suivre et comprendre les enseignements du Prophète (PBSL) .