IV. Halal et consommer « islamique »

Nous avons tendance à limiter la question du halal au élément de jurisprudence pure. Or il ne faut pas oublier, comme nous l’avons signalé au début de cet ouvrage, que le halal à un sens et une finalité. Ainsi, il n’est pas concevable que nous puissions consommer en toute insouciance des conséquences provoquées en amont comme en aval par nos modes de consommation.

Dieu nous met pourtant en garde contre ce genre d’attitude :

« Nous avons destiné beaucoup de djinns et d’hommes pour l’Enfer. Ils ont des cœurs, mais ne comprennent pas. Ils ont des yeux, mais ne voient pas. Ils ont des oreilles, mais n’entendent pas. Ceux- là sont comme les bestiaux, même plus égarés encore. Tels sont les insouciants. » [Coran 7/179]

Cette insouciance qui nous pousse à surconsommer même en Ramadan, oubliant les finalités de ce mois, cette insouciance qui nous pousse à remplir nos assiettes pour in fine jeter le surplus, cette insouciance est un mal qui nourrit un système diabolique que nous n’avons pas le droit de cautionner. Les musulmans peuvent et doivent devenir une force de proposition pour une consommation alternative.

Surconsommation

Nous vivons une époque ou tout nous pousse à consommer, mais il revient au croyant à chaque étape de sa vie de comparer son attitude à celle du Prophète (PBSL) et aux enseignements coraniques :

« Qui, lorsqu’ils dépensent, ne sont ni prodigues ni avares mais se tiennent au juste milieu. » [Coran 25/67]

Il faut en effet être conscient des effets de la surconsommation sur l’environnement, la santé, les équilibres sociaux, …. De nombreuses études démontrent en effet par exemple que le niveau de consommation de viande est beaucoup trop élevé en occident et que cela provoque non seulement des problèmes sanitaires graves chez les populations locales, mais cause aussi des dégâts environnementaux et parfois sociaux important dans les pays producteurs.

La clef de ce problème est probablement à chercher dans cette parole du Prophète (PBSL) :

« Si l’être humain avait une vallée pleine d’or, il en voudrait absolument une deuxième… » [Boukhârî]

Nous avons insisté au départ sur la vocation spirituelle de l’attachement au halal et la surconsommation s’oppose à un principe fondamentale du cheminement spirituel : Al-Qana’a. Ce précepte nous enseigne que le croyant a cette caractéristique qui lui permet de savoir se contenter de ce qu’il possède. Ce précepte prend tout son sens dans un monde où l’on nous incite a toujours consommer plus, dans un monde où l’on se distingue davantage par nos modes de consommation que par nos idées. En effet comme disait le Prophète (PBSL) :

« La richesse ne dépend pas de la quantité de biens. La richesse est que l’âme se suffise (de ce qu’elle a). » [Muslim]

Apprendre à gérer son alimentation

Il ne s’agit pas de chercher à devenir végétarien, mais simplement de diminuer son niveau de consommation en particulier de viande, tout en améliorant progressivement son niveau d’exigence et sa qualité de consommation. Ce choix n’est pas sans conséquence et c’est pourquoi il mérite des efforts individuels et collectifs.

Sans prétendre compenser le travail d’un nutritionniste, ni même occulter la nécessité d’adapter le mode d’alimentation à chaque personne qui a ses propres problèmes, goûts, famille, culture,… il nous apparaît important de proposer des solutions simples et plutôt standardisées que chacun tentera d’ajuster à sa propre réalité. Voici donc quelques propositions concrètes concernant la consommation des viandes :

  • Limiter ses achats de viandes à un maximum de 400 grammes par adulte et par semaine. (ce chiffre est la combinaison de plusieurs institutions spécialisés dans les questions de nutrition environnementale)
  • Lors des repas se servir moins que de coutume, quitte à se resservir si nécessaire, mais ne surtout pas jeter de nourriture saine.
  • Préférer les aliments et notamment les viandes élevées et produites sur sa région
  • Eviter la consommation des poulets pacs élevés en batterie, au profit des poulets fermiers et idéalement des poulets BIO.
  • Interpeller son boucher et sa grande surface pour pouvoir disposer de viande halal BIO qui est encore trop difficile à se procurer.
  • Limiter aux cas exceptionnels la consommation de repas en fast-food
  • Au-delà de la viande il existe bien d’autres recommandations que les consommateurs musulmans devraient suivre, tel que privilégier la consommation d’eau aux diverses boissons, adhérer aux AMAP BIO pour acheter leurs légumes, …

Nous sommes conscients qu’il est difficile d’opérer des changements brutaux dans les familles, mais l’important est que cette problématique devienne un souci à part entière et que chacun fournisse des efforts à hauteur de ses capacités pour tenter de changer progressivement les choses.