La génération partage

Ce monde ne nous appartient pas. L’homme est un voyageur et comme tout voyageur, il passe d’un endroit à l’autre pour chercher la vérité en s’émerveillant et en comprenant qui il est à travers sa rencontre avec le vivant quel qu’il soit.

Ce vivant n’est autre que la volonté du Vivant.

Ce monde ne nous appartient pas et pourtant nous sommes devenus des prédateurs sauvages capables d’asservir la plus féroce des bêtes qui existe sur terre. Enfin, c’est une erreur de dire cela, la plus féroce des bêtes est celle tapie au fond de soi qui berce son hôte d’illusions macabres et le gonfle de sentiments de supériorité.

L’homme coupé de la nature est devenu un monstre d’égoïsme, de cupidité et de flagorneries pour arriver à ses fins. Mais quelles sont ses fins ? Il ne le sait pas toujours. Avoir sans doute. Oui ! Avoir, avoir et avoir encore. Pourquoi faire ? Pour rien, car avoir toujours plus, n’a jamais chassé de soi le manque.

Nous manquons toujours puisque nous ne sommes pas parfaits et nous ne pouvons nous suffire à nous-mêmes. Nous manquons toujours car nous ne sommes pas constitués de matière pure. Le Souffle qui est en nous n’est pas de ce monde, il est en exil. Lorsque nous ne l’alimentons pas il se recroqueville au fond de notre cœur et laisse place à la chaire qui gesticule mécaniquement. Mais le manque subsiste, car l’homme sans la Lumière est impossible. L’exil n’a de remède que le souvenir perpétué en attendant le retour définitif. Dieu nous manque, se souvenir de Lui nous apaise…un peu…en attendant…

Le souvenir ?

Comment se souvenir de ce que l’on a oublié ? Peut-être en faisant confiance au Souffle qui vit en nous. Le laisser nous guider en toute sincérité, dans l’abandon des peurs, dans la confiance en Dieu, dans l’amour dépourvu d’intérêt. En quelque sorte, c’est une invitation à l’élévation, à sortir de soi.

Sortir de soi c’est oublier la matière, ou du moins ne l’alimenter que du nécessaire. La matière est le support de l’âme et il ne doit pas en être autrement. Nos cinq sens nous illusionnent et nous trompent par les sensations et les aspects extérieurs des choses. Pour percevoir ce que Saint-Exupéry dit de l’invisible il faut fermer de temps à autre les portes des sens, les mettre en veille pour vivre de l’intérieur et se reconnecter à la Lumière.

Antoine de Saint-Exupéry nous rappelle cette vérité universelle : « On ne voit bien qu’avec le cœur, l’essentiel est invisible pour les yeux ».

Dieu, dans son immense Sagesse ne cesse de nous interpeller dans le Noble Coran :

« Que ne voyagent-ils sur la terre afin d’avoir des cœurs pour comprendre, et des oreilles pour entendre ? Car ce ne sont pas les yeux qui s’aveuglent, mais, ce sont les cœurs dans les poitrines qui s’aveuglent » (Coran 22/46)

« Et ceux qui traitent de mensonges Nos versets sont sourds et muets, dans les ténèbres. Dieu égare qui Il veut ; et Il place qui Il veut sur un chemin droit. » (Coran 6/39)

Ce travail de polissage du cœur a pour but la rencontre avec Lui car comme le Prophète Mohamed (PBSL) nous l’a enseigné « Certes Dieu ne regarde pas votre apparence ni vos richesses; mais Il regarde votre cœur et vos actions ». (Mouslim)

Le Cœur n’est-il pas la seule chose qui peut contenir son Immensité ? Comment un cœur souillé, rouillé, absent, dureet sombre peut laisser place à la Miséricorde, à la Lumière, à l’Amour ?

L’homme court à sa perte lorsqu’il s’illusionne de ce monde et de lui-même.

Ce cœur nous ne pouvons le polir sans, au préalable, le vider de toutes ses couches de ténèbres qui l’assaillent. Et le travail est dur, pénible, et sans commune mesure, la tâche la plus ardue qu’il nous soit donné de réaliser.

Néanmoins, Dieu, les Prophètes, les savants, les sages, les maîtres spirituels nous montrent la Voie. Le rappel est la première étape pour se reconnecter, ensuite la lutte contre la concupiscence est un chemin nécessaire. Se débarrasser des désirs de l’âme en apprenant à délaisser le monde et son lot de jalousie, de colère, d’envie, de possession…

Pourquoi vouloir toujours plus quand on peut se suffire du nécessaire ? Que vient-on nourrir si ce n’est les passions destructrices ? Le plaisir n’est pas un mal, la beauté est plutôt une lumière mais l’excès est pernicieux car il gave et détruit. Une rivière à la juste mesure est belle, harmonieuse et paisible. Une rivière qui déborde d’un trop plein, est effrayante, destructrice et mortifère.

Ainsi faire preuve de modération et d’équilibre est la clé d’une vie saine. Arrivé à cet équilibre est le labeur de chaque instant.

Nous ne pouvons continuer à nous alourdir comme nous le faisons car nous sommes en train de déborder et de détruire notre monde extérieur mais aussi notre cœur. Faisons place à l’Amour en vidant nos cœurs par le don. Donner, donner et donner encore à l’inverse de l’avoir. Donner de soi, de notre temps, de ce dont Dieu nous a pourvu, de nos sourires, de nos paroles apaisantes et nos présences sincères.

Les maîtres nous enseignent que la guérison n’est possible qu’en commençant par ce travail de nettoyage, de vidange. Ils comparent l’âme malade au corps malade. Pour que le corps guérisse, il doit commencer par un jeûne thérapeutique pour éliminer les toxines.

Ce n’est qu’après avoir vidé complètement le corps de ses parasites qu’on peut réintroduire de la nourriture petit à petit pour lui redonner force et vigueur. Cependant la nouvelle nourriture doit être cette fois-ci saine, pure, équilibrée et bienfaitrice.

Elle devient nourrissante, ne déborde plus, ne détruit plus, au contraire elle devient vitale, non plus mortelle.

L’âme et le corps on les mêmes mécanismes de bien-être. L’équilibre est le vêtement qui leur sied le mieux et ils ne peuvent s’épanouir et offrir le meilleur d’eux-mêmes qu’à cette condition.

Des hommes, ci et là, commencent à comprendre que le partage est la seule voie possible. La consommation, l’accumulation et l’égoïsme ne nous bercent plus de leurs chimères. Avoir n’est plus un gage de bonheur.

Le bien-être de chacun passe par les satisfactions de tous. La justice est la clé de la Paix car elle restaure cet équilibre nécessaire, celui dont Dieu parle au verset 143 de la sourate Al Baqara :

« C’est ainsi que Nous avons fait de vous une communauté du juste milieu… ».

Categories: Ethique, Spiritualité

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